Histoire du village de Chailly

 

Les archives du village de Chailly ont été soigneusement conservées au fil des siècles. Les différents gouverneurs et personnes de confiance se sont successivement passés la clé des Archives afin de veiller à l’ordre et à l’intégrité des documents propres à l’histoire et à l’identité du village. Les plus vieux documents conservés datent des années 1650.
Si d’un côté l’histoire du village est à découvrir dans la lecture difficile de parchemins et de procès-verbaux dont l’écriture n’est pas franchement très lisible ni accessible au grand public, de l’autre côté, une simple promenade dans le village permet de lire sur les murs, les façades des granges et maisons une partie de son histoire. En effet, des crochets en fer sont visibles sur certaines façades. Ces derniers sont le témoignage d’un ancien lieu de halte. Les promeneurs, commerçants et «locaux» y attachaient leurs chevaux afin d’aller boire, manger et parfois dormir dans les différents logis, pintes et cabarets. La première mention écrite de pinte dans le village remonte à 1805. Sur d’autres façades on remarque des courbes étrangement arrondies. Elles correspondent à la nécessité de rogner les angles des bâtiments pour le nouveau plan d’élargissement du village en 1896 qui vise, entre autre, à élargir la route. 

Chailly joue un rôle important depuis très longtemps dans la Paroisse de Montreux. En fait, son histoire remonte au Moyen Âge. A cette époque, la contrée de Montreux est recouverte de forêts, de pâturages, de prés et de vignes. Les villages sont éloignés les uns des autres, et surtout, les bords du lac ne sont pas du tout colonisés. Les villages des hauts, plus sûrs tiennent alors les premiers rôles. Brent qui obtiendra bientôt un droit de foire, mais aussi Chailly où la famille de Gingins, seigneurs du Châtelard, avait décidé de s’établir avant la construction du Château du Châtelard. A la fin du XVème siècle, dans le premier règlement du Châtelard (1496), Chaillex est annoncé en tant que métralie. Cela veut dire que le village avait des représentants au sein des autorités du Châtelard. Au même titre que ce qui se passe dans d’autres villages, l’organisation du village de Chailly est probablement née à ce moment là. 

Organisés en métralies, puis en assemblées de propriétaires, les villages se réunissent donc depuis le Moyen Age pour gérer les biens qu’ils ont en commun (le four, les fontaines, les sources), pour assurer la sécurité des villageois et de leurs biens (guets, gardes champêtres, lutte contre le feu) et pour prendre des décisions qui concernent l’ensemble de la communauté (entretien des chemins et des routes, voirie, puis, plus tard, arrivée de l’électricité, du raccordement téléphonique). 

Le statut des villages est une des particularités peu connues de Montreux. En effet, comme Chailly et ses semblables assurent des services publics, la loi vaudoise de 1815 en fera des fractions de commune. Cela signifie que, pour assurer un service à la population, ces entités peuvent prélever des impôts: ce sera le cas à Chailly dès 1851.

Mais l’amélioration des voies de communication et la fusion progressive des services communaux (eaux, éclairage, défense incendie) feront progressivement disparaître les administrations de village. D’ailleurs, dans les assemblées de Chailly, on se pose plusieurs questions depuis le début du XXème siècle: est-il vraiment légitime que seuls les propriétaires puissent siéger dans ces assemblées? Et est-il conforme à la loi que des étrangers ou des femmes, qui n’ont pas le droit de vote par ailleurs puissent siéger et avoir un droit de vote dans les assemblées de village du moment qu’ils sont propriétaires? En 1921, le village a demandé l’avis au Conseil d’Etat qui répond que «seuls les propriétaires citoyens suisses jouissant de leurs droits civiques peuvent assister aux assemblées». Le village de Chailly va alors devoir changer son règlement. Malgré tout, le 9 décembre 1939, après avoir fini de rembourser l’emprunt contracté pour le tramway Clarens-Chailly-Blonay, la fraction de commune de Chailly est dissoute.

Comme dernière décision, l’assemblée décide de donner naissance à la société de développement de Chailly «dont chaque habitant serait invité à faire partie, suisse ou étranger». Comme «coup de pouce» de départ, l’ancien village verse l’ensemble de ses avoirs, soit Fr. 30.- à cette nouvelle société avant de prolonger la soirée autour du verre de l’amitié. 

Chailly, c’est aussi l’histoire de grandes familles telles que les Dubochet, Genevey, Mamin, Decosterd mais aussi Traversini etc. Propriétaires de terres mais aussi de bâtis, ils sont les acteurs premiers du village. C’est en lisant les procès-verbaux des assemblées des propriétaires «controversées comme vu précédemment» que l’on découvre l’évolution, la modernisation ou tout simplement les problématiques d’un temps donné. On sait par exemple que l’école occupait une place très importante. En effet, elle ponctuait le rythme de vie annuel par ses examens, la nomination de nouveaux maîtres ou maîtresses, des discussions relatives à l’achat d’équerre, de règles et de compas, mais aussi des mères de familles nommées en tant qu’inspectrices des classes, des problèmes de logements et de chauffage des enseignants jusqu’aux discussions aboutissant à la construction du nouveau collège en 1912.
Au début des années 1890, l’on discute aussi au sujet d’une nouvelle technologie: l’électricité. En septembre de cette même année, certains propriétaires proposent le remplacement de vieux falots qui illuminent moins bien le village. Mais la Commission administrative du village prévoit l’installation prochaine de l’électricité. L’investissement en matière de nouveaux falots est par conséquent inutile! C’est finalement le 14 janvier 1893 que trois personnes sont nommées responsables de l’allumage et de l’extinction des lampes électriques.
Il y a aussi l’arrivée du téléphone. En février 1890, la Municipalité du Châtelard veut savoir si le village de Chailly est intéressé à l’installation du premier téléphone. Ce nouveau moyen de communication surprend, inquiète mais donne envie aussi. Les propriétaires savent qu’ils seront rétribués 120.- par an s’ils offrent un local pour le dit téléphone. La boulangerie du village en sera le détenteur pendant un certain temps…
En 1902, la Municipalité demande au village s’il est intéressé à recevoir quotidiennement des informations sur la météo. Le village accepte et la personne responsable qui reçoit 10 cts par jour est dès lors tenue d’afficher les informations météorologiques sur le pilier public.


En 1911, l’assemblée débat autour de l’installation d’un urinoir à l’entrée du village. Ce dernier ne semble pas faire l’unanimité en raison des odeurs qui poseraient problème…


Puis plus récemment, dans les années 1970, avec l’ouverture de l’autoroute, le village se trouve être à un emplacement fondamental! En effet, les nouveaux usagers de la route désireux de venir en villégiature à Montreux trouvent à l’entrée du village sur la route cantonale une borne d’information touristique. Cette dernière reliée à l’office du tourisme et au casino doit fournir les premiers renseignements d’ordre touristique.


Aujourd’hui encore, foule de renseignements sont précieusement gardés chez les habitants du village. C’est grâce à votre aide que la suite de l’histoire pourra s’écrire…